Mis à jour le 28 décembre 2020

Green graffiti

Partager sur

L’artiste franco-suisse Saype peint des fresques géantes sur l’herbe en utilisant uniquement des couleurs 100% biodégradables de sa création. Telle la petite fille, qui est devenue un symbole d’espoir au cœur de la pandémie.

Une enfant agenouillée dans l’herbe regarde l’horizon. Apparue en avril dans les Alpes, l’oeuvre de Land Art monumentale a fait le tour du monde et, au plus fort de la pandémique mondiale, est immédiatement devenue un symbole d’espoir. C’est d’ailleurs ce que suggère le titre Beyond Crisis que lui a donné son auteur Guillaume Legros, dit Saype, pseudonyme né de la contraction des mots anglais Say et Peace.

L’énorme tableau s’étend sur 3.000 mètres carrés de péturages alpins à 1.500 mètres d’altitude, dans la région de Leysin, dans les Alpes suisses. Devant l’enfant, le magnifique paysage du réveil printanier de la montagne. La vue est d’une beauté extraordinaire, communique un profond sentiment de paix et semble protéger la petite fille, aux pieds de laquelle tourne une ronde de petits hommes dessinés à la craie blanche. Ronde qui, par sa forme, ressemble aux pointes du Coronavirus.

L’urgence sanitaire qui a maintenu le monde en quarantaine pendant des semaines, et qui a également freiné l’impact de l’homme sur l’environnement, a donné à la nature le temps de se régénérer. Pour respirer à nouveau, et nous permettre d’envisager l’avenir avec un peu plus de confiance. C’est cette bouffée d’air frais qui a inspiré la plus récente oeuvre de l’artiste terrien Saype, cette fresque sur herbe Beyond Crisis. « Avec ce travail, je voulais partager un message d’optimisme avec le monde », dit Saype.

Le graffiti sur l’herbe de cet artiste franco-suisse n. en 1989 doit sa célébrité à ses dimensions monumentales. « J’ai commencé à peindre des graffitis à l’âge de 14 ans. Très vite, j’ai commencé à m’interroger sur la signification de l’art. Dans un monde où nous sommes exposés à la pollution visuelle, à une surcharge d’images, je voulais trouver un moyen de capter l’attention, de me distinguer. J’ai donc commencé à peindre sur l’herbe », explique à Gentlemen l’artiste installé à Moutier, dans les montagnes suisses non loin de Berne. Au centre de son travail se trouvent les principaux thèmes liés à l’existence et aux relations entre les cultures, à la relation de l’homme avec la nature, à l’avenir de l’humanité. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, Beyond Walls est le projet avec lequel il a créé une véritable chaîne humaine dans un message de solidarité et de paix universelle. Représentant des bras entrelacés, l’oeuvre a été dévoilée le long du Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel, avant d’être emmenée à Berlin, à Genève, et bientôt en Italie.

Les graffitis de Saype sont si vastes qu’ils ne peuvent être appréciés que vus du ciel, tout comme les imposants géoglyphes de Nazca. Mais contrairement à ces mystérieuses lignes tracées dans le désert péruvien entre 200 et 600 après J.-C., les créations de Saype sont éphémères. Leur dur.e de vie est d’environ un mois et demi. 45 jours avant d’être effacés par les effets du temps. Sans la moindre pollution.

Dans son souci de respect de l’environnement, Saype n’utilise en effet pour ses fresques dans l’herbe que des pigments 100% biodégradables qu’il a lui-même créés. Ils sont fabriqués à partir de charbon, de plâtre et de protéines de lait. « Il m’a fallu plus d’un an d’expériences pour obtenir les pigments éco-durables avec lesquels je travaille ». Et ce n’est évidemment pas un hasard si l’avenir de la planète et de ses jeunes habitants figurent parmi les thèmes majeurs de son travail. « Parler des enfants, c’est parler de nous-mêmes, c’est s’interroger sur le monde et sur les valeurs que nous laissons aux générations futures ».

Extrait tiré du Gentlemen & Ladies 25.