Mis à jour le 16 décembre 2020

Richard Williams : survivant du Titanic… Il gagne l’US Open !

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C’est une de ces histoires qui ont fondé l’adage « la réalité peut dépasser la fiction », aventure d’un autre âge où un jeune homme, embarqué dans le naufrage du Titanic, a plus de chance que Di Caprio dans le film, sauve miraculeusement sa vie, refuse qu’on lui ampute les jambes, et remporte ensuite deux fois les Internationaux des Etats-Unis.

Bateau maudit
Né à Genève, originaire de Pennsylvanie, bénéficiant de la double nationalité suisse et américaine, Richard Williams a été initié au tennis par son père qui en était passionné. Champion de Suisse junior à 12 ans, il a embarqué en 1912 pour New York en première classe avec son père sur le Titanic. Les deux hommes auraient dû en fait partir plus tôt pour les Etats-Unis, où le fils venait d’être admis à 21 ans à l’université d’Harvard, mais une rougeole avait obligé Richard à différer son périple, c’est ainsi qu’ils s’étaient retrouvés sur le bateau maudit. Etrange destin familial, le père, Charles Williams, avait déjà été victime en 1880 d’un autre naufrage, celui de l’Arizona, également dû à une mauvaise rencontre avec un iceberg. Il avait survécu et répétait à son fils qu’une telle mésaventure ne pouvait arriver au Titanic et ses seize compartiments étanches, comptant parmi les plus luxueux et les plus grands paquebots jamais construits à l’époque, réputé « insubmersible », et dont c’était le voyage inaugural.

Les femmes et les enfants d’abord
On sait ce qu’il en fut. Peu avant minuit, le navire heurta l’iceberg et réveilla les deux hommes couchés dans leur cabine. Tandis que l’inclinaison du bateau devenait dangereuse et que les eaux montaient, Richard vit soudain vaciller et s’effondrer l’une des cheminées du navire dont un morceau tomba sur son père qui disparut sous ses yeux pour de bon. Ayant compris qu’il n’avait plus d’autre choix, il se jeta alors à l’eau. Priorité étant donnée aux femmes et aux enfants, les hommes se voyaient refuser, pour la plupart, l’accès aux canots de survie. Dans son livre « A night to remember », Walter Lord raconte ce que lui a confié Richard : « Dans l’eau, j’ai retiré mes chaussures, mais je n’ai pas réussi à enlever mon manteau. Je me suis retourné pour regarder. La vue était extraordinaire. L’étrave s’enfonçait et la poupe s’élevait toujours plus haut vers le ciel. Soudain, elle a pivoté et a basculé lentement au-dessus de ma tête. Si elle était brutalement retombée dans l’eau, j’aurais été écrasé. Je voyais distinctement les trois hélices et le gouvernail se détachant dans un ciel très clair. Le navire glissa dans l’océan. Sans bruit. Paisiblement. »

Morceaux de glace
Dans une eau frigorifiée, alors qu’on se noyait autour de lui, il réussit à s’accrocher à la coque d’un canot de survie qui avait chaviré, en compagnie d’une trentaine de personnes dont plus de la moitié périt avant l’arrivée des premiers secours au bout de six heures. Contrairement à Jack Dawson, le personnage interprété par Leonardo Di Caprio dans le film, il fut sauvé et remonté à bord du premier navire sur place, le Carpathia. Sur le bateau, devant l’état des jambes de Williams devenues deux morceaux de glace, un médecin demanda l’amputation immédiate. Ce que refusa le jeune joueur de tennis en début de carrière. Bien lui en prit. « Quand je me suis retrouvé debout, c’était comme si des milliers d’aiguilles traversaient mes jambes », reconnut néanmoins le téméraire garçon… qui non seulement sauva ses gambettes mais trois mois plus tard gagna le championnat de Pennsylvanie.

Légion d’honneur
A force de travail, deux ans plus tard (1914), ce sont les Internationaux des Etats-Unis (aujourd’hui l’US Open) qu’il remportait, non sans avoir éliminé en quart de finale, moment improbable pour ne pas dire sidérant, Karl Behr, un autre rescapé du Titanic, devant 4000 spectateurs. Il s’y imposa une deuxième fois en 1916, tout en servant avec distinction l’armée américaine en France durant la guerre et la bataille de la Marne, légion d’honneur et croix de guerre en prime. Par la suite, Williams, qui aimait le risque également sur les courts, frappait fort et dont le jeu spectaculaire plaisait, a continué de servir le tennis, finaliste en double à Wimbledon et New York, membre de l’équipe de Coupe Davis américaine cinq fois victorieuse et médaille d’or aux Jeux de Paris 1924 en double mixte. Il a été honoré par l’International Tennis Hall of Fame en 1957. Entre-temps, il était devenu un banquier important de Philadelphie, il fut aussi président de l’Historical Society de Pennsylvanie durant 22 ans. Il est décédé d’un emphysème le 2 juin 1968 à l’âge de 77 ans et au terme d’une existence réellement extraordinaire.

Extrait tiré du Play Tennis numéro 374, disponible ICI.