Mis à jour le 24 septembre 2020

L’affiche… tout un art !

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Dans tous les grands tournois, plus que Nadal ou Djokovic, elle est omniprésente au long de la quinzaine, et même avant. On l’aime, on la déteste, on y est indifférent, on l’a tellement vue qu’on ne la voit plus, c’est l’affiche du tournoi. A Roland Garros, phénomène unique en son genre, elle tente depuis quarante ans, pour le meilleur ou pour le pire, d’harmoniser tennis et art contemporain. Explication.

Même si le tournoi a été « flingué » par le virus, cela reste un anniversaire. Depuis 1980, Roland Garros a décidé de confier l’affiche officielle de l’évènement à un artiste moderne chargé de fournir une oeuvre originale qu’il estime en lien avec le geste tennistique. A l’époque, l’initiative originale est venue de deux joueurs, Patrice Dominguez et le moins connu Jean Lovera qui était aussi architecte – c’est lui qui a dessiné le mythique court numéro un – associés au directeur de la galerie Maeght, Daniel Lelong. Ce dernier, qui a gardé la liberté du choix de l’artiste et de l’oeuvre jusqu’en 2019, pensait que l’on pouvait peut-être, par ce biais, initier des gens passionnés par une grande manifestation sportive à l’art contemporain. Le président Philippe Chatrier d’abord défrisé par tant d’audace esthétique (un tableau du peintre italien Valerio Adami, une balle rouge sur fond bleu) a ensuite été convaincu par ses collaborateurs, et la tradition s’est progressivement installée. Non sans hauts et bas, bonnes et moins bonnes surprises, en fonction des goûts, des couleurs, et du décalage plus ou moins étrange avec le tennis…

Culte
Faut-il y voir la main de la fédération française, qui a récupéré le choix de l’affiche cette année en collaboration avec un magazine des Beaux Arts ? Toujours est-il que, dévoilée avant l’ajournement du tournoi, l’affiche de l’édition 2020, signée par l’artiste Pierre Seinturier, 32 ans, et inspirée par le nouveau court Simonne Mathieu construit au sein des serres d’Auteuil, est plus figurative (« avec un petit côté Edwar Hopper », dit la fédé) que la plupart de celles qui l’ont précédée, dont certaines sont devenues culte. Comme la chevelure de Borg, blonde au bandeau tricolore, vue de dos signée Eduardo Arroyo en 1981. La merveilleuse fenêtre sur court de Jean-Michel Folon l’année suivante. Le coeur formé par deux raquettes mêlées de Donald Lipski en 1995 six ans avant celui dessiné sur le Central par Gustavo Kuerten. Le spectateur stylé chic indémodable, canotier sur la tête et court de tennis ocre en guise de pochette, du peintre français Gilles Aillaud en 1984. Les jambes et l’ombre portée d’une tenniswoman des années 60, short court, socquettes, tennis blanches, de Marc Desgrandchamps en 2016. Et puis, il y a le choc Antonio Saura en 1997 dont l’univers abstrait a laissé perplexe les instances fédérales… rassurées quand décliné en T-shirts ceux-ci se vendirent comme des petites pains. Ou le street art saturé de couleurs, les énormes lèvres de spectateurs suivant la trajectoire d’une balle de tennis, du Français Hervé Di Rosa qui a fait débat en 2012.

Miro
On ne sait combien cette collection de quarante affiches qui ont nourri au fil des ans tout à la fois polémique, admiration et interrogations, aura ouvert de sportifs à l’art contemporain, mais, en demandant aux artistes de restituer l’âme du tournoi chacun à sa manière, elle a en tout cas initié une démarche rare qui tranche dans un univers souvent au ras des paquerettes, sauf à considérer ce que réalise Roger Federer comme de l’art ce qui se défend aussi. L’affiche de 1991 est d’ailleurs signée d’un des maîtres du vingtième siècle, Joan Miro, pourtant décédé huit ans plus tôt. L’Espagnol avait accepté d’en faire une, mais est décédé avant de pouvoir tenir son engagement, ses descendants l’ont donc honoré à sa place. En fouillant dans les collections du peintre, ils ont déniché une oeuvre qui n’avait pas spécialement été conçue pour le tennis, mais dont le mouvement et le code couleur – on dirait une balle jaune – pouvait convenir. On a un moment rêvé également d’une affiche signée Jean-Michel Basquiat avec lequel contact avait été noué, mais lui aussi est mort trop tôt. Et trop jeune.

Extrait du Play Tennis numéro 373, disponible ICI.