Mis à jour le 24 mai 2020

Top 8 des allumés des courts

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Si ce sont les premiers noms qui viennent à l’esprit, il n’y a évidemment pas que John McEnroe ou Nick Kyrgios qui aient joué les « têtes brûlées », se soient « crashés » sur un court, ou y aient « craqué » quelques raquettes. Quelques morceaux choisis.

Marat Safin
L’artiste russe a révélé avoir détruit plus de 1.000 raquettes dans sa carrière, ajoutant pince sans rire : « Ce n’est pas tant que ça » et « elles « méritaient de l’être ». Une estimation : quelques 200.000 dollars de matériel sont ainsi partis en morceaux. « Je sais que certains se souviendront de moi pour ça, mais je m’en fiche ». Les mêmes se rappelleront qu’il a aussi baissé son short en 2004 à Roland Garros pour célébrer un de ces points incroyables dont il avait le secret. En passant, beau gosse et tombeur des courts, il a été élu joueur favori du public ATP deux années de suite, en 2001 et 2002, il a aussi été numéro un mondial et remporté deux Grands Chelems, l’US Open 2000 et l’Open d’Australie 2005.

Xavier Malisse
Rarement l’image donnée par quelqu’un et sa personnalité dans la vie ont été autant aux antipodes. Timide, gentil et d’une infinie correction… même lorsqu’il lui arrive d’oublier votre rendez-vous… XMan était un autre homme sur le court où il ne supportait pas l’imperfection. « Point d’orgue »: son 2e tour de Miami en 2005 contre David Ferrer. Il mène un set à zéro, mais à 5-5 dans la 2e manche il est accusé d’avoir injurié une juge de ligne et disqualifié, il entre alors en transe, façon « sale gosse », se couche à terre la tête entre les mains, crie sur le superviseur (« Comment pouvez-vous me faire ça ? Je suis tellement énervé parce que je n’ai rien fait »), hurle sur la juge de ligne qui finit par quitter le court : « Vous savez ce que vous venez de faire ? ». Ce jour-là, il nous a vraiment fait la totale, entrée, plat, dessert, ce qui lui a valu un mois de suspension.

Mikhaïl Youzhny
Lui, c’était un peu l’inverse des autres. Sa spécialité : se frapper la raquette sur la figure ! Vous lisez bien. En 2008, à Miami, engagé dans un combat terrible avec Nicolas Almagro, Youzhny obtient une balle de break alors que l’Espagnol sert pour le match, mais le Russe tergiverse et ne la convertit pas. Sa réaction surprend alors tout le monde : il s’assène violemment plusieurs coups de raquette sur le crâne… qu’il s’ouvre, le front ensanglanté. Pour une fois, c’est donc la raquette qui gagne, mais le joueur aussi, puisque, par la suite, il parvient à contrebreaker et à remporter le match au tie-break. Un brin têtu et masochiste, il a récidivé à Roland Garros en 2015, s’infligeant la bagatelle de onze coups de raquette lors du match contre Damir Dzumhur, son crâne a cette fois tenu le choc mais il n’en a pas moins dû abandonner le tournoi. Allez comprendre.

Goran Ivanisevic
Jusqu’au bout de l’absurde. En 2000, un an avant qu’il ne s’impose à Wimbledon grâce à une wild card, Ivanisevic a brisé trois raquettes au cours du même match lors d’un tournoi à Brighton. Vous nous direz que cela peut arriver, et il a bien sûr écopé des pénalités d’usage, mais il n’avait pas réalisé dans son énervement… qu’il n’en avait plus d’autre pour jouer. On l’a vu alors s’adresser aux officiels tout penaud : « Il ne me reste plus de raquette ! » Ljubicic, son partenaire de double, aurait pu lui en prêter une, mais son équipementier n’étant pas le même cela n’a pas été possible. L’arbitre a donc dû annoncer l’abandon du Croate en raison d’un problème matériel. « Je pourrais casser une raquette dans l’eau, c’est un don », plaisantait-il. Dans le genre Lucky Luke du crash de raquettes, il n’en a pas moins été pulvérisé par Marcos Baghdatis qui, à l’Open d’Australie 2012 face à Wawrinka, en a démoli quatre en moins de trente secondes, il ne prenait même plus la peine d’enlever le plastique de protection.

Jimmy Connors
Malgré Nastase et McEnroe, Jimmy Connors est peut-être la plus grande tête brûlée que le tennis ait enfanté, avec un côté prolétaire, fils de douanier de l’Illinois, qui collait peu à l’image élitiste de son sport. Animé par la rage de vaincre, arrogant, adepte du trashtalking, il a multiplié les provocations autant que les coups droits assassins dans les années 70, tout en jouant les « fiancés de l’Amérique » avec Chris Evert, avant de croiser la route de Johnny Mac dans des confrontations parfois surréalistes. Lors du centenaire de Wimbledon, il s’est entraîné sur un court annexe plutôt que de passer son temps avec de « vieux croutons ». Il a traité Lendl de « poule mouillée ». Et en 1977 alors que sa finale de l’US Open face à Guillermo Vilas se terminait dans la confusion et l’envahissement de terrain, l’Argentin étant porté en triomphe, on l’a vu emmancher discrètement une droite à un spectateur excité. A l’image d’Andre Agassi plus tard, Jimbo s’est apaisé avec le temps, devenu père de famille, et a fini en héros à 39 ans, à Flushing Meadows, porté par une foule en délire.

Fabio Fognini
Il rappelle volontiers sur les courts que l’Italie est le berceau de la commeddia dell arte. Dans un mauvais jour, Fognini peut invectiver la foule, fulminer dans sa barbe, insulter juges et adversaires, on l’a entendu lancer des insultes sexistes à l’encontre d’une arbitre lors de l’US Open 2017, un « sale p… » qui lui ont valu l’exclusion du tournoi. Lors du dernier Wimbledon, il a maugréé à haute voix qu’il faudrait qu’une « bombe explose sur ces maudits Anglais » lors d’un troisième tour disputé sur un court qu’il estimait indigne de lui. « J’étais frustré, je me suis excusé, chacun a sa personnalité, commet des erreurs et doit en assumer les conséquences, j’ai fait beaucoup de conneries, mais j’ai payé, parfois je ne me supporte pas. » Alors qu’il est terriblement doué (il a remporté le Masters 1000 de Monte Carlo), ces crises de nerf peuvent le faire sortir de ses gonds et saborder des parties dont le destin lui paraît favorable. Il faut cependant admettre que celui qui partage la vie de Flavia Penneta et de son petit garçon n’est pas la même personne en dehors des courts.

Marcelo Rios
Un dur, un taoué, l’air d’un homme de main mafieux, le Chilien n’a jamais remporté de Grand Chelem mais c’était un grand talent, surtout sur terre battue, premier Sud-Américain numéro un mondial en 1998. Il était connu pour son caractère lunatique et difficile, ce qui lui valut le « prix citron » des journalistes 5 fois en 6 ans. Il adorait les punchlines dévastatrices et les soirées arrosées. A Wimbledon 1997, il a déclaré « le gazon plus adapté aux vaches et au foot qu’au tennis. » En 2000 il a été disqualifié à Los Angelès pour avoir lancé « fuck you » à l’arbitre, expression également utilisée lors d’une interview avec Nelson Monfort à Roland Garros. Alors qu’on lui avait dérobé sac et portefeuille dans le vestiaire à Marseille, il lança lors de la remise des prix : « Je sais que le voleur est dans les tribunes. » Quand il a gagné Monte Carlo, il a déclaré : « Cela ne me rembourse même pas ce que j’ai dépensé au Casino dans la semaine. » Il a aussi, passablement émèché, boxé un chauffeur de taxi à Rome, uriné sur des gens et nagé nu dans la piscine avant un match de son équipe nationale en Coupe Davis… dont il devint plus tard le capitaine.

Bernard Tomic
Des paternels qui n’ont pas rendu service à leur progéniture tennistique il y en a quelques-uns, mais John Tomic est une synthèse, un fou dangereux dont la violence et l’emprise sur son fils ont eu un effet désastreux. Son pire fait d’armes ? Un coup de boule asséné a un sparring français auquel il a cassé le nez et occasionné une commotion aux cervicales. Rien d’étonnant à ce que le talentueux Bernard se soit perdu en route. Il détient le record de la défaite la plus rapide de l’histoire, 28 minutes contre Nieminen, il a joué une balle de match à Madrid avec le manche de la raquette, et on vous passe les conduites en état d’ivresse, les déclarations incendiaires, le désintérêt affirmé pour le tennis. A la question de savoir quel serait l’impact sur sa carrière de son lamentable échec lors des qualifs de l’Open d’Australie 2018, il a répondu : « Je compte les millions que j’ai (6 millions $ en prize money), dans dix ans je ne devrai plus travailler après ne l’avoir fait qu’à 50%. » A la suite de quoi Andy Roddick l’a repris de volée : « Compte aussi ceux que tu laisses passer. » Comme à Wimbledon 2019, où on lui a repris les 45.000 livres qu’il devait toucher parce qu’il n’a pas accompli les efforts minimaux dans son match « balancé » face à Tsonga.

Extrait du Play Tennis 372, disponible ICI.