Mis à jour le 14 mai 2020

Figures charismatiques : Le bel Antonio

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Prix d’inerprétation à Cannes, Antonio Banderas est une des stars les plus polyvalentes de Hollywood, passant du masque de Zorro aux traits de Picasso. Son secret ? L’optimisme, comme il l’a révélé à Gentleman, tout comme ses nouveaux projets avec Soderbergh et l’ouverture de son théâtre dans sa ville natale, Malaga.

Sur un mur de la maison d’Antonio Banderas, le poète Manuel Alcántara a écrit de sa propre main : « À l’ombre d’un bateau, je voudrais m’allonger un jour et tout jeter par-dessus mon épaule et rêver allègrement ». L’acteur n’a pas changé, mais à l’entendre, on comprend qu’il ne compte pas annoncer un retour en arrière, ni la fin de sa carrière. Que du contraire : son agenda est bien rempli. Quand Gentleman l’a rencontré à Madrid, le lendemain de la première espagnole de Douleur et gloire, son huitième film tourné avec Pedro Almodóvar, qui lui a valu le prix d’interprétation au Festival de Cannes, il avait déjà parcouru 8 kilomètres dans le parc du Retiro et approuvé sa campagne printemps/été de El Corte Inglés. Après l’interview, un avion l’attendait pour Los Angeles afin de rejoindre le tournage de The Laundromat, sous la direction de Steven Soderbergh. Il compte ensuite retourner à Malaga pour les auditions de Chorus Line, la comédie musicale avec laquelle il inaugurera en automne le Caixabank Theatre, une contribution à la vie culturelle de sa ville natale.

Gentleman. En 2015, quand vous avez reçu le prix Goya d’honneur pour l’ensemble de votre carrière, vous avez déclaré que « la deuxième partie » de votre vie commençait à présent. Comment ça se passe ?
Antonio Banderas. Comme beaucoup le savent, j’ai eu une crise cardiaque il y a deux ans. Depuis lors, j’ai une autre vision de la vie. Quand on voit la mort en face, la vie prend une toute autre valeur. Aujourd’hui, chaque seconde compte. Tout d’un coup, les choses ont commencé à fonctionner différemment, à cause de cet infarctus et des réflexions qu’il a provoquées : je suis beaucoup moins anxieux et je travaille différemment.

Gentleman. Mais vous ne semblez pas avoir ralenti le rythme…
Antonio Banderas. Je vais de l’avant. La seule chose dont j’ai peur, c’est de la possibilité de vivre en étant déjà mort. Je ne veux pas, je veux vivre au maximum. Et si cela signifie que je dois partir plus tôt, patience. Il y a des choses que je voulais faire, comme le théâtre à Malaga ; j’ai jeté l’ancre pour voir ce qui allait se passer. Ce projet m’offre la possibilité de revenir chez moi, sans me focaliser sur moi-même, en travaillant sur quelque chose de totalement différent et surtout avec des jeunes, qui m’apportent une très grande satisfaction.

Gentleman. Vous êtes aujourd’hui une star de Hollywood, avec un jet privé, des agents et des conseillers. Que reste-t-il de l’Antonio Banderas qui, dans les années 1980, est monté à Madrid pour tenter d’y faire fortune ?
Antonio Banderas. Absolument tout.

Gentleman. Ceux qui vous connaissent le diraient-ils aussi ?
Antonio Banderas. Certainement, oui. Le jour où j’ai quitté Malaga, le 3 août 1980, quand le train a commencé à accélérer, j’ai vu par la fenêtre mes amis sur le quai qui m’avaient apporté 50 pesetas et un paquet de Winston, comme si eux-mêmes allaient partir à l’armée. Eh bien, ce sont ces mêmes visages burinés qui m’accompagnent aujourd’hui dans le projet du théâtre de Malaga.

Gentleman. Vous avez été dirigé par de nombreux grands réalisateurs. Avez-vous encore un rêve dans la vie à réaliser ?
Antonio Banderas. J’aimerais travailler avec Scorsese ou Coppola, même s’il est presque à la pension, mais j’aime tellement ses films que c’est quelque chose que j’aimerais vraiment faire (et il raconte l’avoir rencontré en 1992 pour le casting de Dracula, rôle qui a été confié à Gary Oldman, ndr).

Gentleman. Si vous deviez tout recommencer, quel film présenteriez-vous à votre audition ?
Antonio Banderas. Attache-moi ! (de Pedro Almodóvar, 1990).

Gentleman. Et quel est le film que vous auriez préféré ne pas faire ?
Antonio Banderas. Tous ont leur raison d’être. Il y a quelques films qui sont mauvais, mais je devais les faire pour pouvoir apprendre ce que j’ai appris.

Gentleman. Avez-vous déjà vécu une crise professionnelle, un moment pendant lequel vous avez pensé avoir tout perdu ?
Antonio Banderas. Non. Certes, il y a eu des hauts et des bas, mais je n’ai jamais arrêté de travailler depuis les années 1980, jamais. Même quand j’étais en pleine crise, j’ai continué à travailler sur des plateaux de tournage, pour apprendre.

Gentleman. Vous n’avez jamais tout remis en cause ?
Antonio Banderas. Non, je suis un optimiste maladif.

Gentleman. Vous avez dit que votre véritable moment de gloire devait encore arriver. Comment l’imaginez-vous ?
Antonio Banderas. C’est une philosophie de vie : le meilleur reste à venir. Mais le coup d’œil dans le rétroviseur m’apporte une grande satisfaction. Je suis extrêmement satisfait de ce que j’ai fait, des personnes que j’ai rencontrées et des rôles que j’ai joués… Rien que pour les huit films avec Almodóvar, ça en valait la peine. Rien que ça, ça me satisfait énormément. Mais si après on ajoute les deux Zorro (1998 et 2005, ndr), les deux Desperado (1995 et 2003), Evita (1996), Entretien avec un vampire (1994) et la série télévisée sur Picasso (2017), ça dépasse l’entendement.

Extrait du Gentlemen & Ladies numéro 21
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